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frederiqueK,

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feminité et nature

dimanche 9 janvier 2005, par Webmaster

Rencontre avec frederique krzis-Lorent

Rencontre avec frederique krzis-Lorent

Tristan Bacro

D’être là, devant ses toiles, on me parle, on m’en parle, et cela m’embarrasse prodigieusement.

On me dit qu’elle est seule et qu’elle peint enfermée dans sa musique. On me dit qu’elle a ses raisons. Profondes. Son histoire... Tu m’étonnes.

cid_5 Ce qu’elle fait, c’est qu’elle te prend dans sa guerre intime. Elle te balance en plein cyclone, dans le silence de son oeil. OEil clinique. Elle te jette au visage une part du monde toute crue. Par résonance, parce que tu es un gentleman, tes vêtements se désagrègent. Et dans ces conditions, pris entre deux glacis où tu es son amant volatil, alors les animaux autour qui osent encore te parler – frotter leur verbe à toi – sont de foutus voyeurs.

On me dit qu’elle ne se prend pas au sérieux. Elle aurait même oublié ou détruit quelques toiles, à l’occasion... D’aucun s’en indigne. Le goût du sang surgit, mes dents crissent, et je frémis d’une colère désespérée. Le diable si elle n’en avait pas le droit !

Ce ne sont pas des enfants ; ce sont des toiles, des moments, de l’air respiré, vicié, fuyant. Au nez de se réjouir d’en seulement saisir une vague émanation.

Tous ces tableaux se figent à l’instant même de leur rupture. Où Picasso empirait, elle cesse. C’est son essence de muse, l’autorité sensuelle qui fonde l’érotisme.

Surtout pas commandes. Pas de séries... peut être.

cid_1Mais des cycles et des saisons. Gris bleuté Bilal d’hiver ; vert Giverny de printemps ; transparences d’été ; feu félin d’automne ; ainsi de suite au bon vouloir des marées.

C’est le travail de son compagnon de l’endiguer. Il aimerait laisser au monde des opportunités, des ouvertures. Un hommage ravissant tandis qu’il navigue en aveugle.

Parce qu’un artiste un peu vrai n’a rien à exprimer : il crée un mode de préhension. Il ouvre une fenêtre où le mur semblait impassible. Un cadrage inédit.

cid_ En arpentant ces oeuvres, j’étais quelques minutes à portée d’un mystère. Tout près de sa substance. Et si j’avais tendu la main, il se serait évanoui. Quelque chose, bien sûr, de la femme, c’est à dire de la mort et de la superbe. Il m’est revenu cette pensée deleuzienne sur la plainte : être confronté à un « trop grand pour soi ». La plainte sublimée, innervée par la peinture. Et ce trop grand des dames hautaines, du monde de la mode, du froufrou de Lautrec aux garçonnes Calvin Klein désabusées, dont la prunelle en bris de glace te pourfend, te plante là, éventré. Ces gerbes et ces stries émeraude à pourpre qui te laissent interdit – ne cherche plus – c’est ton sang sur leur peau. Ça ne leur fait ni chaud ni froid, elles sont déjà ailleurs. Leur visage de star pop art t’a happé ; pendant ce temps leur corps s’est évanoui. Il n’a du reste jamais été là, jamais offert à toi, ni jamais à personne. Ce qui te reste, c’est une ombre drapée, un méandre de geisha, un jean déboutonné. Et aussi, cette ingénue volupté pastelle qui t’a d’ores et déjà pansé le coeur. Au sortir de ce foisonnement, je sens encore sur moi une gangue d’ocres charnus.

Je n’ai pas rencontré FrédériqueK.

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