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Photographies de Clément May

samedi 11 janvier 2014, par Webmaster

Comme beaucoup de photographes, Clément May est avare ! De mots, pas d’images ! Au moins nous préserve-t-il des clichés éculés des conversations mondaines. Ces photographies lui ressemblent du coup beaucoup, avares elles aussi de mondanités et de conversations. Elles nous montrent, la plupart du temps des lieux vides ou évidés d’humanité. Et pourtant, les gens se pressent à la cabane à frites quand elle est ouverte, les places des villes ou les monuments des forêts devraient accueillir des foules, les escalators supportent des corps, les processions sont populeuses, les USA un grand pays...

Alors que se passe-t-il ? Que cherche l’œil de ce jeune photographe qui vit entre Lille et Paris ?

Il arpente, il est souvent seul dans ces endroits faits pour y croiser l’autre, il emprunte les routes, les voies, les rails, les trottoirs, les no man’s land de l’undergound. Il regarde le monde et ses modes qui défilent devant lui, il aime les perspectives improbables, la biche cachée dans le feuillage, les stades américains si pleins qu’ils semblent vides, les barrages démesurés qui tout à coup sont à peine une marche à grimper pour éviter de se mouiller les pieds, les carrefours qui offrent toujours les choix entre continuer, par ici ou par là, ou revenir en arrière.

Et il avance, il progresse, il travaille inlassablement. Tout est "photo" dans le regard de Clément May, tout est photographiable et tout peut-être photographie. Ainsi ces improbables natures mortes que sont ses propres plateaux repas consommés, pour de vrai, de par le monde. Nature morte, une fois encore, le mot est vide de sens en français quand en anglais, "Still Life", ou en allemand, "Still Leben", disent exactement le propre de cet exercice commun à presque tous les arts et dont l’enjeu, existentiel, est d’arrêter le temps. Still Life, encore en vie, encore présent, toujours là, alors que toutes ces frites ont disparu, comme les fruits talés des natures mortes de Chardin.

Comment maitriser le temps dans ce monde où tout est à consommer, sur place ou à emporter ? Comment garder une trace dans la viralité de la vitesse, toujours plus vite, toujours plus près ? Comment continuer de trouver matière à création dans ce "monde pour tous", monde unifié, monde fini ?

Les photographies de Clément May sont des tentatives de réponses, infiniment fragiles, biodégradables comme ces précédents travaux où la photographie disparaissait en moins d’un an, oeuvre vivante et mortelle. Ses rares êtres sont fragiles, sinon seuls dans leur état d’être au monde ; ses paysages sont saisis de tendresse et d’effrois Là encore, le travail photographique est une mise en abyme, un autoportrait de l’âme et des os, des intestins qui digèrent, des pieds qui transpirent, des mains qui se calent, des torses qui se figent, des joues qui se creusent et toujours, toujours des yeux qui s’ouvrent !

Les yeux grands ouverts, c’est ainsi que Marguerite Yourcenar aspirait à mourir, paraphrasant ainsi Mishima ; la grande chance de Clément May, et donc la nôtre, nous "regardeurs", est de vivre les yeux grands ouverts.

Voir en ligne : Photographies de Clément May

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