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Michel Malé

Michel Malé

lundi 15 janvier 2007, par netmedia

Michel Malé est peintre, dessinateur, graveur et photographe depuis toujours.

On peut le définir, l’aborder en creux avec les ni-ni. Il n’est ni naïf (genre le Douanier Rousseau et autres), tout en étant un zeste naïf ; ni art brut, ni art singulier, tout en étant un peu les deux à la fois ; ni dada bien qu’il le soit également dans la tendance.

Insaisissable donc, il est lui, c’est-à-dire bien personnel. Sa peinture est poésie, humour, rêve, mais aussi dérisoire. Elle grince et fait rire. Il n’est pas Arcimboldo, mais il en a l’esprit ; il n’est pas Bosch, mails il puise en lui, ce qu’il y a d’irrationnel et d’instable dans les formes, les choses de ce monde finalement pas si tranquille que ce que nous font croire les apparences.

Ce qu’il y a de plus vrai en lui et dont il s’éloigne peu - bien qu’il sache faire -, c’est son côté gauche, enfantin et drôle, avec une pointe assez violente parfois d’ironie acide, une ironie qui peut blesser. Il jongle avec le réel et les images d’Épinal et peut-être aussi avec une certaine nostalgie du Paradis Perdu.

Pour ce qui est de la dérision et de la beauté “cassée” (“j’ai assis la beauté sur mes genoux et je l’ai trouvée amère” - Rimbaud), Michel Malé continue une tradition à la manière grinçante d’Ensor ou à la période vache de Magritte, peinture idiote et provocante, avec ses personnages grotesques, fantastiques, hybrides (chapeau personnage et carotte, etc.), des espaces à la Tex Avery pour le Coyote et des trous d’arbres bien en écorce rugueuse qui ont de grosses narines et de grosses bouches. Dans sa période de Venise (oui, Venise), il sculpte des femmes-poissons drolatiques qui se moquent des humains, il intègre des petites figurines pour enfant dans la toile, un réveil, etc. et il sculpte en ronde-bosse.

Trois dimensions donc : des surfaces planes comme un peintre qui sait qu’il travaille sur deux dimensions ; puis, pour perturber cette planéité et le genre classique de la peinture, il modèle, moule, sculpte dans le plâtre ses héros dérisoires du désert, ses monstres drôles et sympathiques, ses collines et ses décors de rue, ses cactus. Il peint ensuite sa sculpture, y inclut très librement, en rupture, dans le pur esprit du collage et de la rencontre inattendue, un lion, un Tarzan de bazar, une réclame, un réveil : il fait feu de tout bois, dans une espèce de détournement des images convenues (toutes les images sont codées et donc convenues).

Il y a donc plusieurs plans dans ce qui peut s’apparenter à des ex-votos (quelque part, pas très loin, ça sent un peu la catastrophe, le désastre, l’intranquillitté “dans ce monde où tout va bien”) et l’on glisse de l’un à l’autre, avec des courts-circuits, des ruptures de sens : “le vertige c’est la perte du sens”, dit Barthe. Ici on est gentiment dans la perte du sens.

Michel Malé aime déstabiliser, un peu, beaucoup, le regard, les certitudes, les assurances. Mais son ironie n’est pas totalement mortelle. Elle dérange et pose question. C’est un vrai peintre onirique. Mais pas de tragique : du rire, des ailes. Michel Malé est léger. C’est ce qui séduit dans ses œuvres, dans le tableau, toujours réinventé et à apprivoiser.

Jean-Pierre ENOCH

Voir en ligne : Michel Malé

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