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Marc del Amo

mardi 30 octobre 2007, par Webmaster

Le tableau est achevé quand le peintre est mort… de trouille. La peur d’ajouter quelque chose qui détruirait…Plus prosa ?quement, le tableau se termine tout seul, ? l’insu du peintre qui est alors, manu militari, mis sur la touche.

Tout sur ma démarche ?

Quelques lignes pour répondre définitivement à des questions dont la stupidité n’a d’égale que leur fréquence. Dans la hiérarchie des journalistes la rubrique des chiens écrasés doit souvent côtoyer celle des expositions de peinture. Un peintre présente son travail. Il lui faut aussi donner des dates, des explications ou pire, des concepts. Et l’on utilise le mot installation comme le corps médical utilise celui de coït. Il n’exclut pas l’amour, il n’en parle seulement pas. A croire que le travail ne se suffit pas à lui-même ou bien que l’œil du regardeur n’est pas autonome. Mal placé pour trancher, je répondrai…. avant.

Depuis quand…

Après de sommaires calculs, je peux avouer peindre depuis plus d’un demi-siècle ( j’écris fin 2005). Je ferai un second aveu face à la perplexité des comptables, celui de laisser des traces pérennes depuis moins longtemps. Voilà pour les dates.

Formation …

De solides études universitaires en sciences humaines m’ont totalement libéré de la fausse sécurité des diplômes et m’ont permis d’aborder la peinture en toute liberté pour devenir un véritable hétérodidacte.
Je laisse là une proie aux dépeceurs de néologismes .Paix à leur estomac ! J’ai commencé à peindre sous l’ombre tutélaire de Cézanne. Cézanne pour le cœur et De Staël pour la rigueur de la composition. Personne n’a fait mieux depuis, même pas lui. Pour la suite du chemin, je citerai Odilon Redon pour l’esprit, Monticelli pour la sororité, Eugène Leroy pour le métier de peintre, Balthus pour le poétique, d’autres ont été, d’autres seront….Les inventaires sont souvent terre à terre. J’allais oublier une gifle reçue à Madrid de Hermeneglido Anglada-Camarasa.
Je n’oublierai pas non plus la gratitude que je dois à tous les mauvais tableaux que l’on peut voir un peu partout ( et à tous ceux que j’ai pu faire), on apprend beaucoup d’eux. Tandis qu’un « bon » tableau nous laisse toujours devant son mystère. ;Et dire que certains pensent pouvoir enseigner la peinture ! Heureux les simples d’esprit. Je peux préciser bien sûr que ma formation n’est pas finie. Mais est-ce une vraie formation qu’une formation pas terminée ?

Est-ce que ça représente quelque chose …

Cette question m’a toujours laissé sur le cul. Sont-ils aveugles ? Ne peuvent-ils pas décider par eux-mêmes ? Je vais quand même préciser une chose . Je ne peins pas d’après modèle mais après modèle. Je m’explique : j’ai souvent l’intuition que le tableau, le dessin existe déjà et que le peintre, le dessinateur ne fait que le retrouver, l’attraper. C’est le côté chasseur du travail. Pour preuve vous remarquerez combien les peintres sont souvent à l’affût dans leur fauteuil…Vous comprenez maintenant pourquoi ils sont si fiers de se faire photographier davant leurs tableaux…de chasse. Quant à moi je trouve le modèle après, là, l’émotion est au rendez-vous, partagée. Dans ce sens dire que les peintres sont au service de la peinture n’est pas seulement un cliché mais une réalité souvent cruelle pour ceux qui revendiquent une prétendue paternité. Lucide, j’aurais aimé ne pas signer, ou mieux rester anonyme . Mais l’effet aurait été inverse et l’on m’aurait reproché une fois de plus de vouloir me faire remarquer. Donc je garde pour moi, la fugitive impression d’être un homme de paille, un prête-nom. Ce qui ne m’empêche pas de décliner toute responsabilité concernant le contenu de mes tableaux. Ceux-ci sont responsables d’eux-mêmes et d’eux seuls. D’ailleurs on l’a souvent dit, en peinture quand on veut, ça ne marche pas. De plus, on l’a aussi souvent dit, le métier de peintre est un métier d’aveugle. Je précise : je ne regarde que très rarement mes tableaux de la même façon qu’un architecte habite rarement les bâtiments qu’il a créés. C’est pour cela que j’aime l’idée de service. Ainsi le style, quand il n’est pas une « imposture » reflèterait à sa manière le service de chaque peintre, un peu comme on parle de service à table.

Mon évolution…

Des imbéciles pensent qu’il y a une évolution en Art. Qu’ils aillent se nettoyer les prunelles contre les peintures rupestres. Il n’y a pas non plus d’évolution chez un artiste mais plutôt un mouvement hélicoïdal qui l’approche indéfiniment du centre de son œuvre. J’ai pour ma part une seule préoccupation celle de ne pas régresser. On aura compris que ce n’est pas le contraire d’évoluer. Pour mémoire on rappellera que le style est un beau piège pour régresser ( cf plus haut).

Mise au point .

Un œil perspicace et avisé s’aperçoit vite que mon « univers » est limité. Et par bravade et lucidité, je confirme. Je vais même parfois jusqu’à me présenter comme un peintre ringard. Mes moyens sont limités, un carré ou un rectangle, de la peinture…. N’ayant aucun talent, ni aucun goût ( je me demande ce qui vient en premier) pour la 3° dimension , je ne suis ni plasticien et encore moins artiste conceptuel. De plus, je ne dessine jamais, n’étant pas dessinateur mais peintre, même s’il m’arrive pour plus de commodités d’appeler « dessins » des œuvres en noir et blanc .

Quand est-ce qu’un tableau est fini…

Le tableau est achevé quand le peintre est mort… de trouille. La peur d’ajouter quelque chose qui détruirait…Plus prosaïquement, le tableau se termine tout seul, à l’insu du peintre qui est alors, manu militari, mis sur la touche.

Vous vivez de votre peinture…

La question est continuelle, toujours posée de la même façon. Les yeux brillent, l’attente de la réponse est presque insoutenable partagée entre l’excitation de rencontrer un « vrai peintre » (celui qui vit …) et la jalousie (c’est un artiste pas moi). Ces deux « sentiments » seront d’autant plus forts que j’aurai montré une désinvolture à la hauteur de mon statut d’artiste. Je réponds toujours par l’affirmative et me débarasse rapidement et définitivement de l’importun qui insiste en lui lançant ingénu « Ah vous voulez dire sur le plan matériel ? »

Quelle est votre démarche d’artiste…

C’est la question le plus terrifiante. Je vais essayer de ne pas y répondre définitivement. Me vient aussitôt à l’esprit la préoccupation de savoir si ma démarche est sautillante, alerte, vive ou , l’âge venant, claudiquante . Une démarche suppose un trajet d’un point à un autre qui inclut obligatoirement un espace et un temps qui sont des paramètres mesurables donc limités. Très utiles pour peindre un mur mais complétement inadaptés pour peindre un tableau . Le propos de la peinture est justement de se dégager de ces dimensions espace-temps , désespérément quantifiables .Je ne revendique aucune démarche , ce qui ne veut pas dire que je sois inconscient. Je parlerai plutôt d’un état, éternellement présent, d’une attitude à la vigilance exacerbée. Sans passé, ni futur .

Quant à l’appellation d’artiste, elle ne recouvre pour moi qu’une dimension administrative . Dans la réalité matérielle , on confond souvent l’artiste avec le produit fini. Je n’accorde à celui-ci qu’une importance anecdotique . Que ce soit une galette de pain ou une oeuvre dite d’art, ce qui compte pour moi c’est la manière, l’attitude , l’état dans lesquels on les fait . Ce n’est pas en travaillant sur le produit fini qu’on agira sur le produit fini . C’est en amont que " cela" ce passe , véritablement (vérité). Après, tout est affaire de jugement, selon notre propre conditionnement .

Votre email : marcdelamo@wanadoo.fr

Voir en ligne : Marc del Amo

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